Météo
  • Paris
PARIS
  • Panama City
PANAMA
 

Il y a 105 ans, l’ouverture du canal de Panama

l'ouverture du canal de Panama

 

ES ARCHIVES DU FIGARO – Le 10 octobre 1913 les océans Atlantique et Pacifique sont reliés. Le Figaro est amer: l’ouvrage devait être l’œuvre de l’ingénieur français Ferdinand de Lesseps…il est finalement achevé par les États-Unis.

Une utopie devenue réalité. Le 10 octobre 1913, «Les eaux de l’Atlantique et du Pacifique sont réunies dans le lit du canal de Panama», sous le doigt du président américain Woodrow Wilson, à des milliers de kilomètres. C’est une journée historique annonce Le Figaro dans son édition du lendemain. Mais le quotidien précise immédiatement: «Hélas une journée émouvante aussi pour les Français qui auront vu s’y réaliser le rêve formé, il y a vingt-cinq ans, par le génial et infortuné créateur de ce Canal de Suez dont, pendant plusieurs années, on avait dit, comme on devait le dire de Panama: “C’est une utopie”».

Un projet français …

Le vicomte Ferdinand Marie de Lesseps (1805-1894) diplomate français qui fit percer le canal de Suez. (photo Nadar).

En effet, si depuis le XVIe siècle le projet du percement de l’isthme de Panama pour relier l’Atlantique et le Pacifique et contourner le Cap Horn est envisagé, ce n’est qu’au XIXe siècle qu’il est entrepris par l’ingénieur français Ferdinand de Lesseps. En 1879 il fonde la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama; il rachète les droits de concession autorisant la construction. Sans tenir compte de la topographie des lieux, il choisit de réaliser un canal à niveau, sans écluse. Une erreur. Les travaux débutent en janvier 1880 mais ils se révèlent plus compliqués et coûteux que prévus. À cela s’ajoutent les maladies tropicales (malaria, fièvre jaune) qui tuent de nombreux ouvriers et ingénieurs.

Ferdinand de Lesseps en difficultés financières lance des souscriptions auprès des Français mais il utilise une partie des fonds pour arroser la presse, des parlementaires et des ministres afin de les rallier à sa cause et masquer les difficultés. Par ailleurs, le père de la célèbre tour, Gustave Eiffel rectifie le projet et y inclue des écluses. Mais en février 1889 la Compagnie est en faillite et 85 0000 souscripteurs sont ruinés. Trois ans plus tard éclate l’un des plus gros scandales financiers et politiques de la IIIe République, qui se solde par la condamnation à cinq ans de prison d’un ancien ministre des travaux publics.

 

… une réalisation américaine

En 1894 est créée la Société nouvelle du canal de Panama mais elle connaît à son tour la ruine quatre années plus tard. Et cède ces droits aux Américains, qui après avoir aidé le Panama à faire cessation de la Colombie, obtiennent du nouvel État par un traité le 18 novembre 1903, une concession à perpétuité du canal et d’une bande de 10 miles, appelée la Zone du Canal (C.Z.): un État dans l’État. Un ingénieur français joue un rôle très important à cette époque pour l’avenir du projet. Il s’agit de Philippe Bunau-Varilla (Ministre plénipotentiaire de la République de Panama) qui signe cet accord avec le secrétaire d’État américain John Hay.

En 1904 les Américains reprennent les travaux le long du tracé initial, qui aboutissent à l’ouverture du canal le 10 octobre 1913. Et l’été suivant, le 15 août, le SS Ancón, un cargo américain, réalise la première traversée du canal. À la suite d’accords le canal est rétrocédé au Panama en décembre 1999, qui décide son élargissement en 2006: le nouveau canal est inauguré dix ans plus tard.

Découvrez l’article du directeur du Figaro, Gaston Calmette, au moment de l’ouverture historique du canal en octobre 1913, qui fustige ceux qui n’ont pas permis que cet ouvrage reste français.


En partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BnF

Article paru dans Le Figaro du 12 octobre 1913.

Le grandiose événement

L’événement grandiose que les peuples de la terre vont contempler avec orgueil est accompli depuis hier: les eaux de l’Atlantique et du Pacifique se sont unies dans le canal de Panama ouvert enfin aux deux océans; et des bienfaits gigantesques vont découler à jamais de cette œuvre formidable.

La cérémonie qui a marqué la fin de cette lutte des hommes contre la terre a été singulièrement émouvante, puisqu’à six mille kilomètres de distance, le président des États-Unis, M. Wilson, par la simple pression d’un bouton électrique, a donné le signal de l’explosion des quarante tonnes de dynamite qui ont fait sauter la digue de Gamboa, dernier obstacle au mélange des flots.

Quel jet de lumière doit projeter cette explosion lointaine en nos âmes françaises, et quels regrets elle renouvelle dans nos mémoires en nous montrant soudain, sous le jour le plus net et le plus cru, les irrémédiables conséquences de nos passions et de nos discordes!

Ferdinand de Lesseps (1805-1894) est le promoteur du percement du canal de Panama, pour relier l'océan Pacifique et l'océan Atlantique.

Ce canal, que les Américains ont ouvert au monde, c’était le nôtre: c’était celui que Ferdinand de Lesseps, après sa victoire de Suez, avait entrepris, il y a trente ans à peine, avec l’appui fidèle de son fils aîné, Charles de Lesseps, et de dévoués collaborateurs qui n’ont recueilli dans leur tâche patriotique que des injures et des injustices. Cette œuvre sans égale est sortie de leurs cerveaux généreux: c’est notre épargne qui l’a créée; c’est le sang de nos ingénieurs et de nos ouvriers qui l’a fécondée: et elle s’épanouirait maintenant dans l’éternelle apothéose du seul génie de la France, si, par un effet de démence inexplicable, en un jour hélas inoubliable, au milieu d’une tempête de calomnies, de défaillances et de lâchetés, tous les partis, apolitiques de notre pays, hantés par le soupçon, par l’ignorance ou par la peur, n’avaient, abandonné, vilipendé, renversé, flétri ou trahi les hommes clair voyants et vaillants qui avaient deviné et servi les vrais intérêts de la patrie.

Rien ne pourra nous enlever dans l’histoire le remords qui résultera précisément de la prospérité indéfinie de l’œuvre immense, par nous décidée, commencée, puis désertée.

Oui, la politique nous a imprimé ce stigmate; et rien ne pourra nous enlever dans l’histoire le remords qui résultera précisément de la prospérité indéfinie de l’œuvre immense, par nous décidée, commencée, puis désertée.

Travestissant la vérité, méconnaissant les services rendus, insultant l’âge, oubliant notre devoir dans l’isthme, notre travail fiévreux, souvent mortel, toujours héroïque, les flots d’or et de sang que nous avions généreusement versés, nous laissant émouvoir ou diriger par la calomnie greffée sur la lâcheté, égarant l’opinion par les mensonges des chiffres ou des mots, nous heurtant les uns les autres dans une effroyable tourmente de suspicion et de destruction, nous nous sommes efforcés de donner, au nom lui-même du canal que nous avions rêvé, le synonyme d’une injure; nous avons eu la honte de le qualifier «la plus grande escroquerie du siècle» aux applaudissements du Parlement, tout entier; nous avons commis le crime de laisser instruire un procès qui rappelle déjà les odieux jugements de sorcellerie du Moyen Âge, et qui frappe cependant encore Charles de Lesseps lui-même, puisqu’il prive cruellement de sa croix de la Légion d’honneur l’homme que tous les gouvernements et tous les pays ont été flattés de décorer.

Excavation d'une partie du canal de Panama.

Par bonheur, les voix qui prêchaient, tant de mensonges ou qui criaient tant d’injures se sont tues; et un autre Français intrépide, au cœur élevé, s’est rencontré pour réhabiliter notre foi au moment où on allait proclamer notre déchéance. Philippe Bunau-Varilla, a eu le magnifique courage de reprendre, à lui seul le projet, décrié par tous et partout, et de n’épargner pendant dix années aucune fatigue pour assurer son triomphe définitif. Il a eu l’heureuse force, dès que les États-Unis ont abandonné le projet adverse de Nicaragua, de faire surgir à la place de la tyrannie colombienne la république de Panama sans laquelle l’œuvre du canal serait morte; et c’est ainsi que l’intérêt moral de notre pays est sauf puisque le rêve de la France est réalisé.

La vérité historique est là. C’est grâce à Philippe Bunau-Varilla qu’a été poursuivi et achevé le monument impérissable élevé en commun par la France et par les États-Unis au génie de ces deux grands pays. Il serait donc injuste de ne pas associer dans nos mémoires reconnaissantes son nom au nom illustre des de Lesseps.

 

 

Publié le 5 Octobre 2018 par lanouvellerepublique.fr


https://www.lanouvellerepublique.fr/issoudun/des-envies-d-evasion-au-salon-du-tourisme



Translate »